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Manifestants et policiers s'affrontent à Erevan
Par Reuters
Créé 01/03/2008 - 19:05

EREVAN, 1er mars (Reuters) - Le président arménien Robert
Kotcharian envisage de proclamer l'état d'urgence si les
manifestations de l'opposition se poursuivent, mais il espère
encore résoudre la crise de manière pacifique, a déclaré samedi
le ministre des Affaires étrangères, Vardan Oskanian.
"Tous les décrets sont prêts pour décréter l'état
d'urgence", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. "En ce
moment, le président mène des discussions (...) et il est très
attaché au règlement de cette question politique par des moyens
politiques".
"Mais tout dépend de l'opposition. Je crois que nous
traversons un moment critique, et si nous prenons maintenant la
bonne décision, nous (la nation) l'emporterons".
Dans la soirée, des tirs sporadiques ont été entendus dans
le centre de la capitale dont le ciel a été illuminé par des
balles traçantes de couleur jaune et bleu, ont rapporté des
témoins. "On ne sait pas qui tire sur qui", a indiqué la
correspondante de Reuters.
L'opposition a appelé ses partisans à une nouvelle
manifestation, quelques heures après la dispersion sans
ménagements par la police d'un campement établi depuis dix jours
dans la capitale, Erevan, pour dénoncer des fraudes électorales
présumées.
Plusieurs milliers de partisans de l'opposition se
réunissaient quotidiennement place de la Liberté depuis
l'élection présidentielle du 19 février, remportée,
frauduleusement selon eux, par le Premier ministre Serj
Sarksian, allié de Kotcharian, aux dépens de leur candidat,
Levon Ter-Petrossian.
La police anti-émeutes s'est déployée en début de matinée
sur la place.
"Nous étions endormis", a dit un manifestant qui campait sur
la place. "Ils sont venus et ont commencé à nous battre avec des
matraques", a dit cet homme en montrant à Reuters son doigt
fracturé. Il a refusé de donner son nom.
 
APPEL A LA RETENUE DE L'OSCE
Quelques heures plus tard, des centaines de partisans de
l'opposition affluaient dans le quartier des ambassades situé à
l'écart du centre-ville, en réponse à un appel à une
manifestation pacifique lancé par l'entourage de Ter-Petrossian.
L'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe
a dit qu'elle condamnait "le recours à la force contre des
manifestants pacifiques".
"J'invite les autorités à faire preuve d'un maximum de
retenue", a déclaré le ministre finlandais des Affaires
étrangères Ilkka Kanerva, qui assure la présidence de l'OSCE.
"Je suis troublé par ces informations relatives à des
victimes. Je demande aux autorités de relâcher les personnes
arrêtées et j'invite à nouveau le gouvernement et l'opposition à
ouvrir un dialogue", a-t-il dit.
La police arménienne a déclaré qu'elle était intervenue
après avoir appris qu'un coup de force se préparait. Elle
précise dans un communiqué avoir saisi des pistolets et des
grenades.
"Cette information contredit totalement la réalité", a
déclaré à Reuters Stepan Demirchayn, dirigeant du Parti
populaire et allié de Ter-Petrossian. "Nous n'avons recours qu'à
des moyens pacifiques et Ter-Petrossian l'a réaffirmé".
Un correspondant de Reuters a vu deux véhicules de police
aux vitres brisées et aux pneus dégonflés à proximité des lieux
prévus pour le rassemblement. Des bottes et des casquettes de
policier souillées gisaient non loin.
"Avec ou sans autorisation, nous poursuivrons les
manifestations parce que les rassemblements et les cortèges ne
peuvent être interdits qu'en cas d'état d'urgence", a affirmé
Ter-Petrossian à des journalistes.
"Je suis profondément convaincu que même si Sarksian reste,
il ne sera pas un président légitime. Je ne doute pas que le
peuple ne tolèrera pas cela", a-t-il ajouté.
 
ESSOUFFLEMENT
Dans son communiqué, la police affirme avoir appris que les
manifestants attendaient de recevoir "de grandes quantités
d'armes à feu, de grenades, de barres de fer et de matraques
(...) pour provoquer des troubles".
Elle ajoute qu'elle a eu recours à la force lorsque des
manifestants ont commencé à lui jeter des pierres et des barres
de fer.
"On a entendu des appels à un coup d'Etat violent. La
situation dans la capitale est totalement sous contrôle",
poursuit le communiqué de la police.
Le ministère arménien de la Santé a fait état de 31
personnes - dont six policiers - hospitalisées à la suite des
affrontements, rapporte une agence de presse russe.
L'Arménie est toujours officiellement en guerre contre
l'Azerbaïdjan à propos du contrôle du Haut-Karabakh, rattaché à
l'Azerbaïdjan par Staline mais peuplé en majorité d'Arméniens.
Des gazoducs et des oléoducs exploités par un consortium
dirigé par BP traversent l'Azerbaïdjan à quelques
kilomètres de la zone de conflit.
Ter-Petrossian, qui fut le premier président de l'Arménie
après l'indépendance, a déclenché les manifestations en
affirmant que Sarksian, allié du président sortant Robert
Kotcharian, avait eu recours au bourrage d'urnes et à
l'intimidation pour l'emporter.
Selon la mission d'observation de l'OSCE, l'élection
présidentielle a dans l'ensemble respecté les engagements de
l'Arménie en matière de démocratie, malgré quelques
irrégularités.
A leur apogée, les manifestations ont rassemblé des dizaines
de milliers de personnes, mais le mouvement semble s'être
essoufflé ces derniers jours.
Les organisateurs affirment vouloir continuer de manifester
jusqu'à ce que le autorités acceptent d'organiser un nouveau
scrutin.